Aller au contenu principal
DR
i
Rodolphe Blanchard-Kowal
DR

Rodolphe Blanchard-Kowal: «Les animaux sont nos prochains»

4 novembre 2026
 
4 min de lecture
Et si les baleines avaient une vie spirituelle? C’est l’une des questions qu’abordera le spécialiste de la théologie de l’animal, le pasteur Rodolphe Blanchard-Kowal, dans une conférence sur la place des animaux dans la Création. Rendez-vous lundi 9 novembre à la Maison du Dialogue à Lausanne, dans le cadre de la semaine des religions.

LV: Quelle est la spécificité de la théologie de l’animal?

RBK: Elle présente l’animal comme un individu à part entière afin de redéfinir notre perception du vivant. Et ceci, en se basant notamment sur les textes bibliques, mais aussi sur la tradition. Cette branche de la théologie chrétienne, apparue dans les années 1980, remet en question l’anthropocentrisme, le fait que l'humain soit au centre, et la hiérarchisation des êtres vivants. La théologie de l’animal s’efforce de définir la spécificité des animaux par rapport aux humains et leurs similitudes.

Sur quels textes bibliques se base-t-elle, par exemple?

Dans la Bible, la question de la domination arrive dès le premier chapitre de la Genèse. La théologie de l’animal, comme l’écothéologie, repense ce concept et l’interprète comme un règne bienveillant de l’humain sur les animaux plutôt qu’une exploitation.
De plus, les théologiennes et les théologiens de l'animal font remarquer que, dans les récits bibliques, ces êtres obéissent aux commandements divins. Par exemple, le grand poisson ou la baleine qui avale Jonas, tout comme l’âne de Balaam sont de véritables acteurs dans les Écritures.

Vous pensez donc que les animaux ont une vie spirituelle?

C’est un énorme mystère, mais on peut s’interroger sur ce qui se déploie dans le langage d’un groupe de baleines ou chez les autres mammifères supérieurs. Il ne s’agit pas de dire qu’ils ont conscience de Dieu, ce serait plaquer sur eux quelque chose d’humain. Mais peut-être qu’ils ont l’équivalent de ce qui est la conscience de Dieu pour nous.

On emprisonne le Christ dans notre langage humain, alors même que des paroles qui ont été écrites au 1er siècle disent l’inverse. Par exemple, qu’il est venu pour «tout réconcilier» (Colossiens 1, 20). Il y a cette possibilité, dans les Écritures, que ces mots adressés à l’humain ne le concernent pas uniquement. C’est une des brèches qui permet l'existence de la théologie de l'animal.

Les avancées de la science ont-elles aussi joué un rôle dans l’émergence de cette discipline?

Oui, même si la théologie a mis énormément de temps à prendre en compte les avancées de la science, comme la théorie de l’évolution (1859) de Darwin. Elle a tardé à faire la part des choses entre le récit de la Création, parfois pris au pied de la lettre et un récit scientifique qui affirme, aujourd’hui, que nous sommes génétiquement vraiment proches de certains animaux. La théologie de l'animal considère que les animaux sont ainsi nos prochains, nos égaux. Cela rejoint l’Evangile, quand Jésus pose la question au sujet du bon Samaritain: «de qui est-il le prochain?» 

La théologie de l’animal est-elle militante?

Bien que ce soit une discipline de recherches académiques, elle peut devenir un mouvement militant qui porte plusieurs revendications. La première concerne l’alimentation, puisque c’est la principale forme d’exploitation animale. Aujourd’hui, les oiseaux les plus nombreux sur terre sont les poulets d’élevage. C’est effrayant! Ce sont de pauvres volatiles enfermés pendant quelques semaines dans un lieu d’enfer avant d’être tués. D’autres revendications concernent également l’utilisation des animaux dans la recherche médicale ou encore les loisirs. 

En quoi se différencie-t-elle d’un mouvement de défense des animaux?

C'est le fondement de l’argument qui est différent. La théologie de l’animal se base sur le précepte de la générosité de Dieu pour ses créatures et la volonté qu’elles s’épanouissent. Mais elle aboutit à une éthique dans laquelle elle rejoint les autres mouvements de défense où l’animal est considéré comme un individu du début à la fin de son existence.

Infos pratiques

«Existe-t-il un salut pour les animaux? Approche chrétienne en dialogue», lundi 9 novembre à 19h, à la Maison du dialogue (L’Arzillier), avenue de Rumine 62, 1005 Lausanne.

Cette conférence est animée par Dimitri Andronicos, co-président de l’association de l’Arzillier. Elle se tient dans le cadre de la semaine des religions qui a lieu en Suisse du 7 au 15 novembre 2026. Organisée chaque année au début du mois de novembre par la Communauté de travail interreligieuse en Suisse (IRAS COTIS), cette 20e édition propose une centaine de rencontres et de conférences à travers le pays.

Rodolphe Blanchard-Kowal, en quelques mots

Rodolphe Blanchard-Kowal est né en 1972 à Paris. Il a étudié la théologie à l’Institut protestant de théologie (Montpellier-Paris). Il est titulaire d’une thèse de doctorat en systématique et éthique sur la théologie de l’animal. Comme pasteur, il a exercé son ministère à Cognac, Aberdeen (Écosse) et Londres. Depuis août 2026, il œuvre dans la paroisse de Granges et environs et Vully-Avenches, également responsable Inclusivités LGBTIQ+ et conjugalités au sein de l’Eglise réformée vaudoise.