
COP 31 : l’EPER espère un sursaut d’orgueil de la Suisse
Pays le pays le plus riche du monde en termes de fortune moyenne par adulte et de concentration de millionnaires, la Suisse n’investit pas suffisamment pour atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions CO₂. De plus, elle achète à bas coûts des certificats étrangers d’émissions de CO₂ pour compenser les siennes et continue de ne pas contribuer au Fonds international « Pertes et Dommages », qui vise à fournir un soutien financier aux pays en développement les plus vulnérables face au dérèglement climatique.
La Suisse aura-t-elle un sursaut d’orgueil ? Voilà la question que se pose l’EPER, qui participera à la 31e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 31), du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie. Ce sommet annuel réunit la quasi-totalité des pays de la planète pour négocier et coordonner leurs actions face à la crise climatique. C’est la seule instance décisionnelle multilatérale au monde en matière de climat.
Perte de crédibilité
« Malheureusement, la délégation suisse arrivera les mains presque vides à la COP 31, parce que le gouvernement n’a pas encore de plan pour augmenter sa contribution au financement climatique international, ni pour réduire son recours aux certificats de compensation bon marché. En fait, tout ce que nous demandons reste un peu lettre morte pour l’instant », déclare Yvan Maillard Ardenti, responsable du dossier “Justice climatique” au sein de l’EPER. S’il se dit « plutôt pessimiste », l’expert espère encore que « la Suisse se rendra compte qu’elle risque de perdre en crédibilité au niveau international si elle continue sur cette voie ».
L’EPER sera présente à la COP 31 avec plusieurs événements organisés en marge des négociations et auxquels des observateurs des délégations nationales devraient assister. « Nous attendons une cinquantaine de participants », précise Yvan Maillard Ardenti.
Fonds sous-doté
Le principal side event de l’EPER est dédié aux plaintes climatiques contre des industries – typiquement, des entreprises pétrolières et des cimentiers – et aux conséquences de leurs activités sur l’environnement. Yvan Maillard Ardenti : « Il est essentiel de faire savoir que les dégâts occasionnés ne se limitent pas à la destruction des récoltes, par exemple. Les pertes non économiques sont également importantes. Il peut s’agir de la disparition des biens culturels et des lieux sacrés en raison de la montée des eaux, ou de problèmes de santé humaine causés par la pollution ».
Face à ces problèmes, un Fonds international de compensation des pertes et dommages (FRLD) a été créé en 2022. Il permet d’effectuer des versements allant jusqu'à 20 millions pour des catastrophes liées au changement climatique. « Ce fonds est sous-doté, ajoute Yvan Maillard Ardenti. Si l’on prend l’exemple du Népal, qui a récemment connu de terribles inondations, les dégâts ont été estimés à quelque 2,5 milliards de dollars. En fait, très peu de pays ont contribué à ce fonds, et la Suisse n’a encore rien donné. »
Pratique injustifiable
Quelles sont donc les revendications de l’EPER ? Tout d’abord, le Conseil fédéral devrait porter la contribution suisse au financement climatique international à 3 milliards de dollars (soit 2,4 milliards de francs) d’ici 2035, par des financements nouveaux et additionnels, et non pas prélevés sur la coopération au développement, comme c’est le cas actuellement. Cela représente un triplement de sa participation, mais seulement 1 % des 300 milliards de dollars que la communauté des pays a promis de verser annuellement dès 2035.
Ensuite, le Conseil fédéral devrait réduire fortement les émissions de CO₂ à l’intérieur du pays et contribuer au financement du FRLD, au lieu d’acheter à bas coûts des certificats de compensation étrangers. « Cette pratique va à l’encontre de tous les principes de la justice climatique, affirme l’expert. De plus, les calculs effectués pour estimer les bénéfices de ces “projets carbone” sont problématiques : ils font craindre une surestimation de leurs réductions d’émissions de CO₂. » D’une certaine façon, le procédé permet aux acheteurs de continuer à polluer.
Espoir et revendications
L’EPER, qui s’est déjà distinguée par son soutien historique dans la plainte contre le cimentier suisse Holcim, menée par des habitants de l'île indonésienne de Pari, souhaite pousser les grandes entreprises émettrices de CO₂ (les “Carbon Majors”) à rendre des comptes et à accélérer la réduction de leurs émissions à l'échelle mondiale.
« Nous demandons que la Suisse assume sa juste part du financement climatique international, au lieu d’afficher des chiffres gonflés tout en puisant dans l’aide au développement. Nous revendiquons également des règles claires pour la place financière et les entreprises suisses, des engagements internationaux, une politique climatique intérieure cohérente et plus de transparence en matière de financement climatique », poursuit Yvan Maillard-Ardenti.
« Nous pourrions dire que notre présence à la COP 31 a porté ses fruits si le Conseil fédéral s’est enfin publiquement engagé – avec un calendrier concret – pour un financement climatique international à hauteur de 2,4 milliards de francs par année, et si les plaintes climatiques comme celle de l’île de Pari contre le cimentier Holcim ont gagné en visibilité auprès des décideurs et des médias, avec des contacts durables noués entre militants indonésiens et internationaux », souligne l’expert.
Une large coalition chrétienne
Un vaste réseau d’organisations chrétiennes s’est mobilisé en amont de la COP 31. Parmi les mouvements et collectifs œcuméniques, citons le Réseau chrétien œcuménique pour l'environnement (ECEN), qui rassemble des représentants de différentes confessions (protestants, orthodoxes, catholiques) pour coordonner les efforts environnementaux des Églises en Europe.
Il y a aussi le Conseil œcuménique des Églises (COE), qui porte directement auprès des Nations Unies des exigences en lien avec la justice sociale et les droits humains. Mentionnons encore le Programme Chrétien d'Observation du Climat (CCOP), un programme œcuménique qui forme et déploie des observateurs chrétiens de la COP 31. Côté catholique, on notera l’action de Caritas Europa, ainsi que celle de la Coopération internationale pour le développement et la solidarité (CIDSE).





