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Pour la pasteure Roselyne Righetti, responsable de la Pastorale œcuménique de rue, c'est «une journée de solidarité avec tous ceux qui connaissent des situations de pauvreté, quelle que soit sa nature.»
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Une journée mondiale pour lutter contre la pauvreté

16 octobre 2026
 
4 min de lecture
Initialement, le 17 octobre correspondait à la «Journée mondiale du refus de la misère», lancée en 1987 par le mouvement ATD Quart Monde. Pour éviter des réactions d’incompréhension, elle se déroulera cette année en Suisse sous l’intitulé «Journée mondiale pour l’élimination de la pauvreté». Explications.

La «Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté» est officiellement reconnue par les Nations Unies depuis 1992. En Suisse, elle sera officiellement lancée le 17 octobre à Martigny, en collaboration avec le Service diocésain de la diaconie et Solidarités, les paroisses catholique et protestante de Martigny et la Pastorale de la rue œcuménique.

Elle sera animée, le matin, par des prises de parole de personnes qui ont vécu l’expérience de la pauvreté. L’après-midi seront organisées des rencontres-dialogues, soit des moments d’échange entre des personnes en situation de pauvreté et des personnes à l’abri des soucis financiers. Le but premier de l’événement est de provoquer un dialogue national pour que la pauvreté ne soit plus ignorée, et que l’écart entre la dignité humaine inscrite dans la Constitution fédérale et la persistance de la pauvreté en Suisse soit reconnu.

Pistes de changement

Une fois n’est pas coutume, cette Journée sonnera le lancement d’une campagne nationale intitulée «Pauvreté? Dignité! Dialogue.» Elle s’étendra sur une année entière, soit du 17 octobre 2026 au 17 octobre 2027. «À l’issue de la campagne, des pistes de changement seront proposées aux autorités pour mettre fin aux situations de non-respect des droits et d’injustice des chances, sources de pauvreté et d’exclusion», déclare Perry Proellochs, délégué national d’ATD Quart Monde.

«L’itinéraire de notre campagne se dessinera en partie au fur et à mesure, mais nous savons déjà que nous passerons le 21 novembre par La Chaux-de-Fonds, et il est fort probable que l’Aumônerie de rue se joindra à nous en cette occasion. D’autres Églises feront sans doute de même au fil des semaines et des mois», précise-t-il.

Une longue histoire

Mais pourquoi la Journée mondiale du 17 octobre a-t-elle changé d’intitulé ? «C’est une longue histoire, répond Perry Proellochs. Le mot “misère” recouvre des réalités trop vastes et évoque des images qui renvoient à des pays sinistrés. Quand on parle de pauvreté, voire de grande pauvreté, on ne suscite pas la même réaction et on est proche de ce qui se vit ici, en Suisse.» Par ailleurs, les organisateurs ont délibérément renoncé à l’appellation «Journée mondiale contre la pauvreté»: «Certains pourraient penser qu’en voulant lutter contre la pauvreté, on veut lutter du même coup contre les pauvres», poursuit Perry Proellochs. Et d’ajouter: «Nous avons un autre problème avec le substantif “pauvre”. Nous préférons utiliser l’expression “personnes en situation de pauvreté” ou “personnes avec l’expérience de la pauvreté”. Cela permet de ne pas réduire les personnes concernées à leur situation.»

Message central

Le double sens des mots ne gêne pas la pasteure Roselyne Righetti, responsable de la Pastorale œcuménique de rue. Au contraire: cela permet une libre interprétation du message central. «Pour moi, c’est une journée de solidarité avec tous ceux qui connaissent des situations de pauvreté, quelle que soit sa nature. Il peut s’agir de pauvreté matérielle, bien sûr, mais aussi de pauvreté spirituelle, de pauvreté relationnelle ou encore de pauvreté ecclésiale, lorsque les gens n’ont plus aucun contact avec l’Église.»

Même impression côté catholique. Pascal Tornay, diacre actif à la paroisse catholique de Martigny, affirme que «dans un pays où la misère est taboue, je comprends tout à fait qu’on puisse être choqué par ce mot. Mais nous ne parlons pas que de misère financière. Avant tout, il est question de misère humaine. Quand vous côtoyez ce monde-là, vous découvrez que les plus pauvres ne sont pas ceux qu’on croit. Moi, par exemple, je peux aussi me sentir misérable parce que je suis un pécheur. Les mots sont ambigus et nous renvoient à nos propres réalités.»

Respect des droits humains

L’initiative de la «Journée mondiale du refus de la misère» revient au fondateur du mouvement laïc ATD Quart-Monde, Joseph Wresinski, qui, en 1987, a réussi à rassembler 100'000 personnes de tous milieux sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris. Pour lui, il s’agissait de rendre honneur aux victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance, pour exprimer un refus de la misère et appeler l’humanité à s’unir dans le respect des Droits humains.

Une dalle proclamant ce message a été inaugurée à cette occasion sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme, là où fut signée, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme. On peut y lire une parole de Joseph Wresinski: «Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.» 

(Ci-contre, une reproduction de la plaque du Trocadéro située le long du canal des Tanneurs à Dole. CC(by-sa) Chabe01/Wikimédias)