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Une faîtière nationale pour soutenir les victimes d’abus en milieu religieux

30 octobre 2026
 
4 min de lecture
Les trois associations de soutien aux victimes d’abus en milieu d’Église unissent leurs forces au sein d’une faîtière nationale. Avec un objectif essentiel : offrir à toutes les personnes concernées un accompagnement équitable et une protection efficace.

Depuis une quinzaine d’années, trois associations écoutent et accompagnent les victimes d’abus dans les milieux d’Églises de notre pays : le Groupe SAPEC en Suisse romande, IG-M!kU en Suisse alémanique et GAVA au Tessin. Le 12 octobre dernier, leurs responsables ont créé une structure nationale qui les fédère, la SaMiGa, dont le nom reprend deux lettres de chacune des organisations fondatrices.

Cette faîtière entend en particulier assurer aux personnes, quel que soit leur lieu de résidence, un traitement équivalent de leur dénonciation, une même écoute et un même accompagnement. Car chaque association régionale, indépendante, fait face à des réalités juridiques différentes ainsi qu’à des particularismes cantonaux, ecclésiaux ou culturels. Difficile donc d’assurer une équité de traitement.

Gain de crédibilité

« Lorsque les premiers résultats de l’enquête de l’Université de Zurich sur les abus commis dans l’Église catholique ont été rendus publics, en septembre 2023, se souvient Myriam Caranzano, membre du comité du Groupe SAPEC, chacune de nos associations s’est positionné de manière autonome. Chacune a aussi proposé des procédures d’accompagnement et de traitement différentes aux personnes victimes. » Et d’ajouter : « En unissant désormais nos efforts dans une faîtière, nous espérons gagner en force et en crédibilité pour porter en commun la voix des victimes, les aider, et faire avancer les mesures de prévention. »

Car la nouvelle structure fédérale espère aussi servir d’interlocuteur pour les institutions ecclésiales ou étatiques. « La SaMiGa, puisqu’elle représente l’ensemble des régions de Suisse, pourra être un partenaire plus solide dans les collaborations avec les Églises ou avec les structures publiques de prise en charge des victimes », précise cette médecin active par ailleurs au sein de collectifs liés à la protection de l’enfance.

Mais la naissance de SaMiGa n’indique pas pour autant la fin de la SAPEC, d’IG-M!kU et de GAVA ! Chaque association régionale, par ailleurs bénévole, continuera d’exister de manière autonome et poursuivra son travail de soutien et d’accompagnement des personnes concernées. En restant proches du terrain et des personnes, ces organisations pourront assurer une proximité avec les situations concrètes. Le réseau créé par la nouvelle faîtière permettra d’unifier leurs pratiques.

Une tâche qui s’est alourdie

La charge de travail de ces associations traitant ces thématiques s’est d’ailleurs beaucoup alourdie au cours des années. La mise en réseau permettra de partager ce poids. « Beaucoup de choses ont bougé en matière de reconnaissance des victimes d’abus, se réjouit Myriam Caranzano. Il faut cependant continuer à travailler pour créer toujours davantage un climat d’écoute et de confiance permettant aux personnes victimes de révéler ce qui s’est passé. Il faut du temps pour y parvenir et certaines personnes n’y arrivent jamais. »

De plus, un travail important de prévention doit aussi être mis en place, « faute de quoi on ne fera que réparer partiellement les dégâts que les abus ont provoqué, sans éviter que d’autres soient perpétrés », ajoute la représentante du Groupe SAPEC. La nouvelle structure nationale pourrait ainsi encourager la mise en place d’actions de sensibilisation au niveau du pays ou un encadrement en matière de formation liée à la prévention.

Secrétariat central à Berne

Cette structure fédérale disposera d’un secrétariat, basé à Berne. Une personne travaille déjà depuis août pour mettre en place son organisation : Anne Suppa, sociologue et travailleuse sociale engagée de longue date auprès de personnes en situation de vulnérabilité. « C’est la perle rare qu’il nous fallait pour ce travail, assure MarieJo Aeby, co-fondatrice du Groupe Sapec : elle parle parfaitement les trois langues nationales et saura ainsi défendre les intérêts des victimes de chaque région au niveau national. »

Étude scientifique sur les abus en milieu réformé

L’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) lance cet automne une étude scientifique sur les abus sexuels et spirituels survenus dans les contextes réformés du pays. Elle confie le mandat de cette enquête à un groupe de recherche commun à la Haute école de travail social de Lausanne et à la Haute école de travail social du Nord-Ouest de la Suisse (Argovie, Bâle, Soleure).

Cette étude doit permettre de traiter de manière scientifique et indépendante les abus sexuels et spirituels survenus dans les milieux des Églises réformées en Suisse. Elle doit recueillir le vécu et les perspectives des victimes et de leur entourage, analyser les facteurs structurels et institutionnels qui les ont rendus possibles et examiner les liens entre les abus sexuels et spirituels. L’étude formulera également des recommandations touchant la prévention, la reconnaissance et le traitement des cas signalés. Le rapport est attendu au printemps 2028.

Le diocèse institue une journée de recueillement

L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg invite à une Journée de prière et de recueillement en solidarité avec les personnes victimes d’abus sexuels, indique le diocèse dans un communiqué. Cette journée sera désormais célébrée chaque année le 18 novembre. En l’instituant, Charles Morerod répond à l’appel du pape François à ne jamais oublier les personnes victimes d’abus, notamment au sein de l’Église.

Mercredi 18 novembre 2026, 9h, à l’église St-Maurice, Fribourg (rue de la Lenda 1).