
Poussière d’Histoire…
Aujourd’hui, Alban va voir sa grand-mère. Il appuie sur la sonnette, pas de réponse. Il essaie une deuxième fois, toujours personne. «C’est plutôt bizarre, d’habitude grand-maman arrive tout de suite.» Des pas, puis la porte s’ouvre. C’est bien grand-maman, mais toute poussiéreuse avec quelques toiles d’araignée dans les cheveux. «Entre Alban. Je suis désolée, je n’ai pas entendu la sonnette tout de suite.
J’étais occupée à faire des rangements dans les placards du garage. C’est fou, tout ce que l’on entasse, tu sais, avec le temps qui passe. Il faut que je te montre quelque chose…» Alban suit sa grand-mère. Il y a longtemps qu’elle a vendu la voiture de son mari; le garage lui sert désormais à ranger diverses choses qu’elle n’utilise plus.
Une partie a été transformée en buanderie et en une salle de couture plutôt confortable. Il reste, cependant, une petite pièce où la vieille dame range des cartons. «Ce matin, en faisant un peu de tri, je suis tombée sur quelques affaires de ton grand-père… Regarde un peu tout ce qu’il avait rassemblé!» Une petite collection de timbres, des figurines en plastique trouvées dans des barils de lessive, des soldats de plomb et d’étranges classeurs bleus, tous identiques, chacun portant sur la tranche une année… «Qu’est-ce que c’est? demande Alban. – Ton grand-père lisait beaucoup de journaux et il en gardait quelques-uns. – Eh, mais je connais celui-là! – Oui, c’est Réformés. Ton grand-père a conservé chaque exemplaire depuis le premier numéro, il y a dix ans. Il lisait auparavant d’autres magazines religieux, mais lorsqu’il a commencé à lire Réformés, il a vraiment beaucoup apprécié, c’est pour cela qu’il les avait tous gardés…»
La grand-mère essuie une petite larme. «… Et quand il est parti, j’ai continué à les lire et, surtout, à les conserver… – En dix ans, cela en fait, des numéros… s’étonne Alban. – Oh oui, et le journal a évolué. Il a connu des crises parfois. Certaines chroniques ou pages me plaisaient parfois moins, mais je lui suis restée fidèle. Si j’ai le bon compte, Réformés vient de sortir son centième numéro. – Déjà 100 numéros, un compte rond! s’exclame alors Alban. Et ensuite tu vas continuer à les garder, grand-maman? – Mais bien entendu, Alban, ce journal, c’est une mémoire et un peu d’Histoire.
L’histoire de la presse réformée et, j’imagine, une histoire vécue avec ses hauts et ses bas par les journalistes qui s’investissent chaque mois: des enquêtes, des chroniques, des interviews et la page des contes que je t’ai lue et que tu peux lire seul désormais. – Je n’avais pas pensé à tout cela. Je lis les contes, un peu quelques articles, mais je demande souvent à mes parents de m’expliquer certaines choses. J’aime bien les illustrations et la dernière page, avec le tableau. À l’école, la maîtresse nous montre souvent des tableaux et je reconnais ceux qui ont paru en dernière page de Réformés. – Ah, ces fameuses dernières pages! Je les aime bien moi aussi, mais elles n’ont pas toujours plu à ton grand-père. Si tu veux, je te donne ces classeurs, ce petit bout d’Histoire, qui est un peu la nôtre aussi.»





