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Le recours au disque inquiète les organistes

 
1 min de lecture
Fausse note
Plusieurs musiciens de La Côte se plaignent d’être de moins en moins sollicités pour les services funèbres. L’Association des organistes romands (AOR) confirme la tendance.

«Depuis un certain temps déjà, nous constatons que la musique enregistrée s’impose de plus en plus pour les services funèbres, jusqu’à la suppression totale de l’orgue», affirme Daniel Bouldjoua, musicien, organiste et compositeur vaudois.
Cela concernerait surtout l’Ouest vaudois. Au moins deux de ses confrères actifs dans la région de Nyon font le même constat. «La tendance s’accentue, expliquent-ils. Elle touche aussi les catholiques. C’est peut-être culturel. 

Nous avons un collègue qui a joué pendant dix ans à Fribourg et ce problème était moins présent que chez nous. Il semblerait que l’orgue conserve plus facilement sa place dans le culte à mesure que l’on se rapproche de la Suisse alémanique.» «Cette situation est une réalité ailleurs aussi, mais cela dépend des communes, confirme Anne Chollet, coprésidente de l’Association des organistes romands. «Je suis organiste dans trois paroisses vaudoises et au début de cette année, je me suis fait la réflexion que je n’avais jamais vu autant de services pour lesquels on avait renoncé à l’orgue. Il y a une accélération de ce phénomène.»

Missionnaire de l’orgue
Les organistes avancent plusieurs explications. En premier lieu, une baisse générale de la culture artistique. «Les gens aiment les musiques plus simples, moins élaborées, fait remarquer Daniel Bouldjoua. Certaines pièces de Bach ne sont pas toujours faciles à écouter pour un certain public. Nous pensons que les pasteurs et les curés ne veulent pas contrarier les désirs des paroissiens, et certains d’entre eux ne connaissent pas le répertoire de l’orgue.» Pour Anne Chollet, «il y a un problème secondaire, c’est que l’on ne voit pas l’organiste. Or, nous sommes dans une société très axée sur le visuel».

L’orgue serait-il démodé? On entend souvent dire, en effet, que cet instrument ne parle pas aux jeunes. «Il faut relativiser, estime Anne Chollet. J’ai d’ailleurs un très joli contre-exemple. Je me souviens d’avoir entendu, sur le parvis d’une église, une petite fille qui disait à sa maman: ‹ Dépêche-toi, on va rater l’entrée d’orgue! › Pour ma part, je me sens très missionnaire. Je pense que c’est à nous, organistes, de faire aimer notre instrument.

Il faut le faire visiter et le présenter aux enfants, par exemple avec des visites de classes. Ce n’est pas parce que l’on joue souvent de l’orgue dans les services funèbres qu’il faut le réduire aux funérailles. C’est un instrument à part entière, qui peut célébrer aussi bien la joie que la tristesse.»

Forte diminution des cultes
Selon Daniel Bouldjoua, il n’est pas rare que des personnes assistant à une cérémonie s’étonnent de l’absence de musique d’orgue. Certains s’imaginent d’ailleurs, à tort, que l’organiste a manqué à ses obligations. La réalité est évidemment très différente: «Dans la région de La Côte tout particulièrement, où le titulariat est peu développé et où beaucoup d’organistes sont rétribués au service, le recours de plus en plus fréquent à de la musique enregistrée implique que les organistes non titulaires perdent des services qui, pour certains, constituent une partie de leur gagne-pain – et ceci dans un contexte de forte diminution des cultes dominicaux. Il conviendrait d’expliquer aux familles que la présence de l’orgue à un service funèbre n’entraîne pas de frais supplémentaires pour elles, puisque ce sont les communes qui prennent en charge cette prestation.»

A noter que, d’après les barèmes officiels, un organiste professionnel gagne entre 14 900 et 26 700 francs par année (en comptant 49 à 57 services paroissiaux), contre 2 100 à 3 200 francs pour un organiste dépourvu de certificat.

Une période de renouveau
Pour Anne Chollet, il y a un message à faire passer auprès des responsables ecclésiastiques: «Nous sommes dans une période de renouveau, avec notamment le projet de réorganisation structurelle de l’EERV Église 29. Cependant, on assiste dans tous les cantons à une diminution des cultes. Dans ce contexte, les autorités pensent en premier lieu aux paroissiens et aux pasteurs, mais les organistes sont un peu oubliés. Si les Églises veulent pouvoir compter sur une musique vivante et préserver leur patrimoine, il va falloir s’intéresser davantage à eux.» Souvent, les pasteurs sont les premières personnes à qui les gens s’adressent pour un mariage religieux.

Pour les enterrements, ce sont les pompes funèbres. «Ces contacts peuvent déterminer les choix des personnes», déclare-t-elle. «Nous ne sommes pas contre la musique enregistrée, mais cela ne doit pas nous enlever ce qui fait partie intégrante de notre ministère, souligne Daniel Bouldjoua. Un bon exemple de solution nous a été donné par un pasteur de la paroisse réformée de Sion. Il tolère un ou deux morceaux enregistrés, mais tient fermement à ce que le reste de la cérémonie soit dévolu à l’orgue!»