
Le royaume de Dieu est une notion bien abstraite. Jésus use de paraboles pour le dire. Paraboles avec des références de son temps. À l'heure où peu de contemporains travaillent aux champs, ni ne pêchent professionnellement, ces trésors de parabole peuvent-elles nous rejoindre ?
Prédication
L'âme humaine est ainsi faite que nous sommes plutôt attirés par les mauvaises nouvelles que par les bonnes. Nous avons cette curiosité pour ce qui va mal.
Alors, quand nous lisons ce passage de Matthieu 13, notre attention accroche sur ces versets.
« Les anges s'en iront séparer les mauvais du milieu des justes et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
Cela ressemble à l'éléphant dans un magasin de porcelaine. Il prend toute la place et focalise l'attention. Nous ne voyons même plus les jolies porcelaines exposées sur les étagères.
Alors, en premier lieu, tentons de faire sortir le pachyderme ou, du moins, évitons qu'il n'altère l'éclat de ce texte. Effectivement, ces versets restent problématiques dans la bouche de Jésus et nous avons déjà eu notre compte de fournaise et de chaleur pour cet été.
Ces versets sont problématiques pour deux raisons : le tri des justes et des mauvais... et le châtiment réservé aux mauvais.
Ce n'est pas une première dans nos lectures estivales de Matthieu.
Il nous a déjà proposé, avec le texte de l'ivraie et du bon grain, cette dualité bon et mauvais, suivie d'une sentence. Pourtant, nous avons peine à nous habituer à cette rhétorique rétributive.
Il s'agit certainement de la façon personnelle du rédacteur de cet Évangile de vivre l'enseignement de Jésus.
Quelques remarques face à notre éléphantesque problème :
Les anges sont chargés du tri... les anges. Pas des hommes ou des femmes ! L'Église fait une erreur capitale quand elle s'arroge le droit de faire le tri par elle-même en édictant règles et interdits. Elle n'est pas en capacité d'exclure et de bannir par son seul jugement.
Seuls les anges.
Ces pratiques ont engendré une imagerie mortifère et glaçante dans l'art pictural, de représentations de corps livrés aux flammes. Je le redis, toute cette école n'a pas de justification biblique. Elle reste une tentative de porter la foi par la menace et la terreur ; pour un Dieu d'amour, c'est contre-productif.
Deuxièmement, les verbes sont conjugués au futur : « s'en iront », « jetteront », « il y aura ». Le tri et la géhenne promis sont à venir, pour plus tard. Il n'y a pas de temporalité précise, juste un ton apocalyptique, peu rassurant certes, mais dans l'attente d'une révélation future.
Par ces tentatives d'apprivoiser le texte, l'éléphant dans le magasin de porcelaine rétrécit... pourtant, il reste bien là. Il doit être possible de le vivre comme une bénédiction.
Le Royaume de Dieu est précieux et nous ne pouvons pas y entrer en dilettante. Il y aura bien un jugement. Un jugement qui, encore une fois, dépend des anges et de Dieu. Mes actions, mes pensées ne pèsent rien dans ce jugement. Seul Dieu, par grâce, décide.
Une vie passée à gagner le Royaume par ses propres forces serait une vaine quête ; une vie à l'expérimenter serait bénie de joie évangélique.
Alors ne gaspillons pas une énergie précieuse à tenter de forcer la porte par nos actions humaines, mettons-nous simplement en marche lorsque la beauté de ce royaume nous est offerte.
Précédant ces versets ardents aux accents apocalyptiques, il est aussi question de tri, de tri dans le filet de pêche. Lorsque le filet est retiré, le bon est accueilli et le mauvais est rejeté à l'eau, comme une chance nouvelle. Au beau milieu de notre quotidien se croisent le bon et le mauvais.
Lorsque Dieu trie au quotidien, il conjugue son action au présent. Il accueille ce qui est bon et ou relance à l'eau le moins bon, comme une nouvelle chance, une opportunité à persévérer.
Alors oui, ces versets de Jésus sont exigeants, voir même choquants à nos oreilles contemporaines Cependant, en aucun cas, ils doivent nous faire passer à côté la perle et le trésor.
À force de sinistrose et de négativité nous ne voyons plus la joie du monde. Regardons, comptons les bienfaits de Dieu dans nos vies, le flot de bénédiction qu'il nous donne. N'est-ce pas incroyable ?
Pourtant parfois, je ne les vois plus et je ne fais que penser à la fournaise, comme obnubilé et j'en oublie la grâce. Combien de trésors, combien de perles j'ai négligé dans mon existence parce que je suis trop rassasié de bienfaits.
Voici à quoi le règne des cieux est semblable : un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a trouvé le cache et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a pour acheter ce champ-là.
Des bienfaits qui nous arrivent par hasard au détour d'un sourire, d'une discussion profonde, d'une marche solitaire, d'une glace partagée, une averse matinale, les chants d'un chœur d'enfants.
« 45 Voici encore à quoi le règne des cieux est semblable : un marchand qui cherchait de belles perles. 46 Ayant trouvé une perle de grand prix, il est allé vendre tout ce qu'il avait pour l'acheter. »
Des bienfaits que nous recherchons par la lecture insatiable du texte biblique, la fréquentation du culte, l'usage de la prière, la contemplation.
Bienfaits reçus par hasard
Bienfaits recherchés par le travail
Ils sont nombreux.
Dans les deux paraboles, les découvertes déclenchent l'action. L'homme du hasard, le marchand de perles réagissent dans la joie. Ils vendent tout et ne vivent que pour leur trésor ou leur perle.
Voilà deux conversions magistrales.
Je confesse parfois ne pas être à la hauteur de cette joie qui bouleverse tout, la joie d'être au monde sous le regard de Dieu.
L'homme du hasard et le marchand vendent tout et se donnent entièrement à leurs découvertes. En prêchant le radicalité, Jésus vise l'électrochoc.
Regarde ces hommes, comment ils réagissent. Fais de même !
Quelle puissante exhortation. Va, réjouis-toi de ton trésor, de ta perle.
Et si nous sommes en défaut, Dieu, dans son immense surabondance de grâce, multiplie les situations et nous rejette à l'eau pour que nous puissions enfin nous rendre compte combien, il est bon de rester dans le filet !
Rester dans son filet, pour vivre une existence qui se conjugue alors dans le vieux : un royaume déjà là dans un trésor, une perle, un filet et dans le neuf, la nouveauté d'un Royaume qui vient.
Amen.



