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Temple de Commugny (©)

Écouter le culte

Ce culte est célébré et diffusé deux semaines après la fête de Pâques. Celle-ci est donc passée depuis belle lurette. Nous pensons déjà aux vacances d’été. Pourquoi alors se projeter en arrière à ce moment-là? Parce que la résurrection du Christ déploie sa richesse avec le temps, comme la nourriture donne de la force non pas au moment où on la consomme, mais après.

Prédication

Référence(s)
Jean
Chapitre
21
Versets
1
à
17

C’est derrière nous maintenant. Peut-être qu’à cette occasion, on a mis les petits plats dans les grands avec un repas qui sortait de l’ordinaire. Peut-être qu’on a eu la joie de retrouver sa famille, passé une excellente journée et apprécié que le soleil soit au rendez-vous pour cette belle fête de Pâques.

Mais à présent elle est terminée. Les vacances d’été pointent déjà le bout de leur nez. On se projette dans l’avenir plutôt que de s’attarder sur ce qui a eu lieu. Cependant, est-ce que la résurrection du Christ appartient vraiment au passé ? Personnellement, je ne le pense pas. Car en réalité, elle est autant avec et devant nous que derrière nous. Elle nous accompagne. Elle déploie sans cesse de nouvelles richesses. Un peu comme la nourriture qui ne donne pas uniquement des forces au moment où on la consomme, mais tout au long de la journée.

L'histoire lue tout à l’heure en est une magnifique illustration. Les disciples ont compris que Jésus est vivant. Ils savent maintenant que sa crucifixion n’a pas été le mot de la fin. Pourtant, ils retournent à leur ancienne vie comme si rien ne s’était passé. Pâques n’a pas encore déployé tous ses effets. Elle n’a pas permis à Pierre de revenir sur sa terrible lâcheté lorsqu’il a renié son maître Vendredi Saint. Elle n’a pas apaisé sa conscience. Elle ne lui a pas donné ce mandat qui en fera un témoin extraordinaire de l’Évangile.

Alors, Jésus se présente à lui. Non pas pour le culpabiliser, mais pour le délivrer. Pour lui permettre de répondre à l’appel divin. Pour que l’espérance inouïe qui illumine le monde désormais soit portée plus loin. « Prends soin de mon troupeau », demande Jésus non seulement à Pierre, mais à chacun de nous. Devenez les témoins de ma résurrection. Devenez tous les témoins de ma résurrection.

Voyez-vous, la raison pour laquelle le témoignage chrétien ne saurait être uniquement l’affaire de spécialistes, des disciples autrefois ou des pasteurs aujourd’hui, c’est qu’on a chacun une place unique dans ce monde. On a des contacts avec d’autres comme personne n’en a. On a des expériences à même de toucher ceux qui vivent des situations semblables. C’est cette place unique qui fait de nous des témoins essentiels de l’Évangile.

Je voudrais vous raconter une anecdote. Un jour le pape Jean XXIII a fait une visite paroissiale. Le prêtre l’a conduit auprès des différents membres et organes de sa communauté pour les luiprésenter. Puis il est arrivé vers une famille avec trois enfants, dont il a aussi voulu dire quelques mots. Mais le pape l’a arrêté : « Non, laissez la mère parler de ses enfants. Elle le fera avec beaucoup plus d’amour que vous ».

Pour certaines personnes, on est les meilleurs témoins de l’espérance de Pâques. On a une mission qu’on remplira mieux que quiconque, des occasions qui ne se présentent qu’à nous, des gens que le Christ a placés sur notre chemin pour leur faire découvrir la joie de la résurrection. C’est ce qui fait de nous des témoins uniques. Cultivons donc l’enthousiasme à transmettre l’espérance de Pâques. Ayons le courage de manifester notre foi malgré les critiques ou les moqueries. Ne capitulons pas dans cette mission devenue difficile au vu du contexte de déchristianisation actuelle.

La fête de Pâques a encore d’innombrables effets à déployer. Pareille à une nourriture qui donne la force d’avancer bien après qu’on l’a consommée, elle se poursuit à travers notre témoignage. Celui-ci portera des fruits s’il est persévérant. Quels que soient notre âge, notre état de santé, notre formation, on reste, dans certaines situations, les témoins les plus qualifiés de la résurrection du Christ.

Avez-vous déjà entendu parler de la célèbre missionnaire anglaise Gladys Aylward ? Son aventure est aussi insolite qu’impressionnante. Cette simple domestique, née au début du XXe siècle, a senti un jour que le Christ l’appelait à porter son message en Asie. Elle est allée à la mission chinoise suivre un cours de trois mois. Malheureusement, elle a été recalée parce qu’elle n’avait pas fait assez de progrès dans cette langue. Comme elle était persuadée de sa vocation, elle a dépensé ses économies pour se payer le voyage en Chine. Lors de son déplacement, elle a été mise en prison par les Russes, mais elle a réussi à s’échapper. Arrivée en Chine, elle a pris une auberge, où elle a commencé de parler de Jésus aux voyageurs. Par la suite, elle a ouvert des orphelinats et a adopté elle-même de nombreux orphelins. Sa notoriété a augmenté. Elle est devenue une personnalité si appréciée qu’un jour les autorités lui ont demandé de calmer une émeute dans une prison. Elle risquait sa vie dans cette mission, mais elle l’a acceptée et a réussi à apaiser la révolte. 

Lorsque les Japonais ont envahi la Chine, elle a emmené ses orphelins pour les cacher dans la montagne. Plus tard, avec l’arrivée du communisme, qui chassait les missionnaires, elle s’est réfugiée à Taiwan, où elle a travaillé jusqu’à sa mort, en 1970, dans un orphelinat qu’elle avait fondé.

Gladys Aylward est l’exemple du témoin. Elle n’avait pas de qualification particulière. Elle n’avait pas fait d’étude de théologie. Elle n’avait même pas fait d’étude du tout. Mais elle avait le désir d’apporter la joie de la résurrection autour d’elle. Elle n’a jamais renoncé malgré les nombreux obstacles qui se sont dressés sur son chemin. Elle s’est toujours intéressée à ceux qu’elle côtoyait pour leur transmettre le message du Christ.

Chers amis, nous sommes appelés à devenir des Gladys Aylward, des témoins de la résurrection. Regardons autour de nous. Ne restons pas repliés sur nous-mêmes. Dieu a mis des gens sur notre route pour qui nous sommes peut-être les seuls témoins de son amour et de son salut.

Je voudrais souligner un dernier point. Le temps qui suit Pâques, notre temps, est un cadeau. Bien des gens le considèrent autrement. Ils voient le temps d’un mauvais œil, ce temps qui passe toujours trop vite. Ils se remémorent les années écoulées en se disant qu’elles se sont envolées à une vitesse inimaginable. La fuite du temps devient un véritable cauchemar. Mais en réalité, le temps est un cadeau de Dieu.  Il est là pour répandre la joie de Pâques. Il contribue à ce que cette fête déploie encore ses effets aujourd’hui.

Vous vous rappelez peut-être de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate. Il a été le premier à faire la paix avec les Israéliens après la guerre du Yom Kippour. Le reste du monde arabe souhaitait encore la destruction d’Israël. Donc quand Anouar el-Sadate a conclu un accord avec ce pays, il s’est mis à dos ses anciens alliés. Bien des Égyptiens cherchaient à le tuer aussi. Son assassinat était pratiquement programmé et il a fini par se produire en 1981. Quelque temps auparavant, un journaliste lui a demandé s’il ne craignait pas cette issue au vu de ses positions pacifiques. Anouar el-Sadate lui a répondu : « On me tuera peut-être, mais personne ne me volera une seule journée de ma vie avant que cela arrive ».

Ne nous laissons pas voler notre temps, le temps qui suit Pâques. Il nous permet de planter les graines d’une espérance éternelle, de devenir des Gladys Aylward, des témoins de la résurrection du Christ. Il nous encourage à signifier que la vie est plus forte que la mort, la lumière plus puissante que les ténèbres et l’amour plus invincible que la haine. Alors oui, que personne ne nous vole une seule journée de notre vie pour manifester la joie de Pâques. Amen.